La découverte des frères Bouyssonie

Le 3 Août 1908, les abbés Amédée et Jean Bouyssonie ainsi que leur frère Paul firent une découverte qui allait défrayer la chronique et provoquer une grande effervescence dans les mondes scientifiques et religieux. C'est dans la grotte, "la bouffia Bonneval*" qu'ils mirent au jour le squelette d'un homme de Neandertal inhumé il y a environ 45 000 ans.

.*Nom de la grotte, propriété de la famille Bonneval

grotte
L'extérieur de la grotte
   

"Il est certain que le fait d'enterrer un corps constitue une forte présomption en faveur de l'idée sur la suite d'une vie au delà d'une mort apparente".
André Leroi-Gourhan
Professeur au collège de France.

coupe archéologique
La Coupe archéologique
Les fouilles

Après la reprise, en 1999, des fouilles interrompues depuis la découverte, une deuxième campagne a eu lieu durant l'été 2000, toujours sous l'égide de la Direction Régionale des Affaires Culturelles du Limousin. Une équipe d'une dizaine de jeunes chercheurs pilotée par l'archéologue responsable des travaux et d'un géologue, a "gratté" le talus des bouffias du 15 août au 15 septembre. C'est ainsi que de nombreux chantiers ont été ouverts à l'aplomb des grottes encore inexplorées.
L'objectif de cette campagne est de dresser un inventaire le plus précis possible des éventuels signes d'occupation humaine du site. De surcroît, l'une des excavations fut explorée sur une vingtaine de mètres ; ce boyau fort étroit se révélà être une ancienne tanière de hyène... pour en savoir plus
Dès la fin septembre, l'ensemble du site a été protégé par une clôture, et de ce fait, il ne sera plus accessible que sous la conduite des archéologues ou d'un responsable du Musée de l'Homme de Néandertal à l'occasion, par exemple, de visites de groupes d'adultes ou de groupes scolaires qui en feront la demande.

 
plan général du site (T. Bismuth) cliquer sur le plan pour agrandir
 

zone de fouille

 
bilan des fouilles 2000
 

Au cours de la campagne 2000, l'évaluation du site archéologique agrandi de nouveaux secteurs s'est poursuivie. La plupart des secteurs ont livré du matériel préhistorique intéressant, quelques uns sont demeurés stériles tandis que d'autres, "chaotiques", ont rendu la tache des archéologues plus compliquée.

La grotte du Noyer, qui est la cavité juste voisine de la Bouffia Bonneval, a été explorée. Une coupe réalisée à l'entrée de celle-ci a présenté une abscence de stratification. On y a retrouvé des esquilles osseuses et de nombreux petits éclats de quartz et silex mêlé à des tessons de céramique. Plus à l'intérieur les chercheurs aidés de Philippe Fosse (CNRS) ont remarqué des traces d'investigations antérieures : une pièce de monnaie et un morceau de grillage retrouvés vers le fond de la cavité. Les sondages ont cependant livré un matériel osseux permettant de distinguer quatre phases d'occupation distinctes. Une tanière à ours, une tanière d'hyène, une occupation protohistorique et la fréquentation d'animaux fouisseurs comme le blaireau et le renard.

La zone K118 a été mise de côté pendant l'année 2000, mais l'installation d'un abri sur plot en béton à cet endroit a permi de dégager du matériel archéologique intéressant laissant penser que cette zone a beaucoup à nous apprendre. Cette zone sera privilégiée au cours de la campagne 2001.

Au cours de la campagne 99, deux incisives de bouquetin perforées étudiées par C Fritz (CNRS) avaient été découvertes en surface à proximité du secteur 109 probablement déplacés par des fouisseurs en raison de la position d'enfouissement de ces objets de parure. En 2000, deux nouvelles dents semblables, découvertes à l'intérieur d'une cavité située plus à l'ouest (bouffia 137), indiquent que le secteur a connu des perturbations importantes : à la base de celle-ci, des tessons de céramique médiévale, un clou et des ossements d'animaux fouisseurs (blaireau et renard).

Deux nouvelles pointes dos ont été retrouvées dans la bouffia 140 venant s'ajouter à celle retrouvée en surface l'année précedente. Cet outillage confirme la présence de châtelperronien sur le site de la Chapelle aux Saints et vient étendre l'occupation du site à des époques du paléolithique moyen et supérieur.

Cette deuxième campagne de fouilles sur le site de la bouffia Bonneval a donc été révélatrice puisqu'elle permet de sortir du contexte exclusivement moustérien et d'interpréter le site sur une période plus longue, grâce à l'outillage chatelperronien et aux éléments de parure qu'il nous a livré. Il reste à espérer une certaine cohérence des autres secteurs.

 
bilan des fouilles 2001
 

Depuis la reprise des fouilles en 1999, nous avons remarqué un certain nombre de différences significatives aussi bien sur le plan qualificatif que quantitatif concernant le matériel archéologique. Les collections Bouyssonie comportaient uniquement des outils et des éclats de grandes dimensions et des ossements entiers ou peu fragmentés. Nos récoltes se limitaient presque exclusivement à des pièces de petites dimensions correspondant à des déchets de tailles et des esquilles osseuses indéterminables. Bien que nous nous attendions à une certaine distorsion due aux méthodes de fouilles et au tri systèmatique des pièces, pratiqué au début du siècle, il nous est très vite apparu que cette dissemblance provenait d'un ou plusieurs facteurs que nous n'avions pas du mettre en évidence.


Les fouilles de la campagne 2001 nous ont permis de recueillir un matériel abondant, présentant des caractéristiques plus similaires aux collections Bouyssonie. Ce matériel a été accumulé par des Carnivores, essentiellement l'Hyène des cavernes qui a utilisé les cavités comme nurserie, ainsi que par les neandertaliens qui y ont séjourné comme semble l'indiquer la quantité de matériel archéologique (et d'os brûlés en particulier) présents. A l'issue de cette campagne nous sommes amené à modifier notre modèle interprétatif. L'étude géoarchéologique, ainsi que l'étude de la répartition spatiale du matériel archéologique et de ses attributs taphoniques, devraient nous permettre de proposer un schéma synthétique des processus ayant participé à la mise en place des dépôts archéologiques et de dégager des objectifs précis pour les campagnes de fouilles à venir
.

Thierry Bismuth et Cédric Beauval