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L'HABITAT RURAL

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'EGLISE

 

 

 

 

 

 

La Chapelle aux Saints,
comme autrefois
d'après Monsieur Rocher habitant du village

Il est parfois difficile de discerner pourquoi tel ou tel paysage, telle ou telle ambiance, sont plus que d'autres générateurs de charme et de sérénité. A la Chapelle aux Saints, il n'est pas impossible que cette impression résulte de la présence de quatre ruisseaux pleins de charme : la Sourdoire, le Maumont, le Pouchou et l'Escadroullière... Ces ruisseaux sont parfois bordés de chemins de rêve, propices aux promenades pédestres où les randonneurs trouvent calme et fraîcheur durant les chaudes journées d'été. Bien que modestes, ils sont franchis par un nombre important de petits ponts, onze sur le seul territoire de la commune !

Trois moulins, jadis sources d'énergie précieuses pour les meuneries et les scieries, subsistent encore en bordure de ces ruisseaux. L'un d'entre eux, à Sourdoire, est remarquable par sa digue mobile.

 


L'habitat de La Chapelle aux Saints est constitué de plusieurs hameaux. Chacun de ceux-ci a une certaine autonomie, parfois matérialisée par la présence d'un four à pain dont la propriété est commune aux foyers du hameau. Dans d'autres cas, quelques maisons disposent de leur propre four. Cette disposition de l'habitat crée une certaine solidarité de fait entre familles du même hameau.

Chacun de ces hameaux présente un intérêt, pour peu que l'on s'intéresse à l'ambiance et aux conditions de vie de l'habitat rural dans un passé récent.

Celui du Laurent qui domine le Bourg est assez caractéristique à cet égard. On y trouve une noble maison qui abritait jadis le presbytère. Sa façade, harmonieusement ordonnancée, porte les armes de la Maison d'Estresse, à laquelle appartenait un ancien curé de la paroisse. Elles s'énoncent : "d'Azur au chevron d'Or accompagné de Trois Fers de Lance d'Argent". Cette demeure comportait une chapelle privée, aujourd'hui désaffectée, dédié à Saint-Laurent. Pour qui a emprunté la rude montée qui joint l'église au presbytère, on comprend que le desservant de la paroisse ait parfois souhaité trouver sur place un lieu de recueillement sans avoir à s'infliger une très sportive ascension ! Dans ce même hameau, se trouvent deux habitations de belle allure. Il s'agit de maisons bourgeoises qui, sans être des châteaux, ni même des manoirs, manifestent par la qualité même de leur construction l'existence de familles aisées dont l'habitat tranche nettement avec celui de la moyenne. On retrouve une belle maison du même type à l'entrée du hameau d'Aujac, en venant de Végennes. Le parc qui l'entoure, l'architecture des façades, l'accès de la propriété, la différencient nettement des maisons voisines groupées autour de leur four à pain collectif. Très rustiques, celles-ci sont pourtant construites en belles pierres, soigneusement appareillées. Les murs en sont très épais et les ouvertures réduites, pour des raisons évidentes d'isolation ! Elles comportent toutes une "souillarde" constituée par un renfoncement voûté, plus ou moins profond, dans lequel est disposée une auge en pierre faisant office d'évier. Il existe encore de grandes cheminées, aux âtres de grande dimension, ou archabancs dans d'autres régions. Ces sièges servaient de coffres où l'on conservait le sel à l'abri de l'humidité. Les cantous étaient l'hiver le lieu de séjour favori des "anciens" de la famille (...)

L'adduction d'eau à La Chapelle aux Saints est relativement récente (1965) et jusqu'alors l'approvisionnement en eau, pour la famille et pour le bétail était assuré par le puisage aux sources., assez nombreuses, ainsi que dans la Sourdoire ; on recueillait également les eaux de pluie dans de grandes citernes enterrées et souvent entourées de murs. Le trop plein de ces citernes alimentait parfois une marre dont l'étanchéité était assurée par un revêtement de glaise. La juxtaposition de ces deux types de construction, maisons bourgeoises et maisons rurales modestes se retrouve dans plusieurs hameaux. C'est le cas par exemple de Ginès où se trouve une très belle maison, comportant une chapelle, aujourd'hui désaffectée, et aussi un curieux bac pourvu d'une rampe inclinée, destinée au lavage des charrettes et calèches. On peut voir aussi au Grézal, une belle demeure ombragée par de grands et beaux arbres, harmonieusement agencée, pourvue de superbes granges dont les dimensions donnent une idée de l'activité des familles qui les firent construire (...)

Il n'est pas inutile de signaler que ces points d'intérêt nécessitent un minimum d'attention pour les découvrir car ils ne sont pas toujours faciles à déceler dans l'environnement actuel et après les avatars des transformations de paysages et des constructions. C'est particulièrement le cas d'un groupe de constructions à Lacoste. Seul un œil averti saura y découvrir les restes d'une communauté religieuse existant à l'époque où la route de Vayrac à La Chapelle aux Saints n'avait pas encore été construite. Les bâtiments principaux se trouvent à droite de la route en venant de Vayrac. Ils comportent des caves voûtées de très belles proportions qui servaient de celliers. Au rez-de-chaussée les vastes dimensions et la qualité de l'ordonnancement d'une grande pièce, permettent de penser qu'il s'agissait de la Salle Capitulaire de la Communauté. Celle-ci possédait aussi, sur le ruisseau de la Sourdoire, un moulin que l'on peut toujours voir sur le côté gauche de la route.


Cette découverte rapide de la commune doit se terminer par la visite de l'église du bourg. Edifiée au XIIe siècle, on pourrait dire qu'elle constitue, à travers les âges, un certain maillon symbolique de la longue chaîne de l'histoire du lieu, puisqu'elle n'est située qu'à quelques centaines de mètres de la bouffia Bonneval, dans laquelle nos " ancêtres " néandertaliens enterrèrent l'un des leurs, il y a 45000 ans et dont le musée de la commune raconte la découverte !

Saint Namphaise, auquel l'église est dédiée, était un compagnon de Charlemagne, qui, après l'épisode de Roncevaux, touché par la foi, se retira dans un ermitage situé sur le causse de Gramat, à proximité de Rocamadour. Ce saint homme, connu pour ses miracles, serait-il à l'origine de la construction de la chapelle seigneuriale de l'époque carolingienne qui, tout d'abord, semble avoir été construite à cet emplacement ?

L'église, pour sa part, date pour l'essentiel du XIIème siècle. Son portail, d'un agencement peu courant en architecture de l'époque, est orné de deux colonnes coiffées par des chapiteaux sculptés, représentant, l'un un oiseau tenant dans son bec une couronne ornée de perles, l'autre deux oiseaux enserrant un homme.

Encadrant le maître autel, deux statues en bois doré représentant Saint-Pierre et Saint Paul, les deux piliers de l'Eglise. Une Vierge à l'Enfant en bois polychrome, protégée par une grille avoisine le baptistère.

Deux cloches annoncent régulièrement l'Angelus. L'une d'elles, la plus grosse, fut refondue en 1803 et 1947. Félée en 1788, il fallut attendre l'Empire pour que Nicolas Martin, facteur de cloches lorrain, puisse procéder sur place à la lourde tâche d'une nouvelle fonte.

L'une des particularités de cette église est une litre funèbre extérieure qui s'étendant du chevet jusqu'à la façade. Sur ce qui reste de cette litre de couleur blanche, apparaissaient encore, il y a peu de temps, des écussons aux armes de la famille de Plas, seigneurs de Curemonte : " d'argent à trois… de gueules en bande " avec couronne de Marquis.

Cet édifice religieux situé près d'une source intarissable qui alimente actuellement un lavoir, était sans doute, dans cette étroite vallée de la Sourdoire, un lieu de passage sur les chemins de pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Son Saint Patron connu par le don qu'il avait de guérir le " mal caduc ", autrement dit l'épilepsie, devait y être vénéré.

 


texte de Bernard Rocher